Les salles de paquets neutres vous en pensez quoi ????

jean-yves-nau@afder.org
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Merci pour ce point de vue qui nous interpelle. Ce serait bien d’avoir l’opinion des associations d’usagers en rétablissement sur le sujet. Tout le monde parle de nous sauf nous. La réduction des risques c’est génial, surtout pour celui qui veut se soigner de cette maladie.  C’est aussi pour planter la graine de l’envie de se rétablir au dépendant qui consomme encore et cela devrait être fait par les associations de dépendants en rétablissement. A notre avis, nous sommes le problème et la solution, mais laissons la place au docteur : Jean-Yves Nau avec cette information et à Marie Jauffret-Roustide qui réalise un travail très important et qui a l’appui et le soutien de l’AFDER (Association Française des Dépendants en Rétablissement).

Il est ainsi des sociologues qui ont l’esprit de synthèse. Ainsi Marie Jauffret-Roustide 1. Elle vient de publier un remarquable petit texte – à lire, précisément,  dans la dernière livraison (novembre) de la revue Esprit  (numéro consacré à « Nos prisons »). On y lit ceci, qui réjouira les lecteurs éclairés d’Esprit :

« La salle de consommation qui vient d’ouvrir à Paris le 17 octobre 2016 n’est en rien une salle de ‘’shoot’’ qui renvoie à l’image glauque des shooting galleries. C’est un espace  vaste et lumineux de plus de quatre cents mètres carrés, accolé à l’hôpital Lariboisière, mais dont l’entrée est indépendante.

« L’usager qui souhaite y réaliser une injection passe par une salle d’attente, montre le produit qu’il prévoit de s’injecter aux professionnels, qui lui remettent du matériel d’injection neuf. L’usager peut ensuite bénéficier d’un box individuel. Une fois son injection réalisée il a la possibilité de rejoindre la salle de repos. »

Insistons : le texte de Marie Jauffret-Roustide est remarquable, qui offre des perspectives éclairantes sur les politiques de réduction des risques. Pour autant on voit bien ce qu’une telle présentation peut avoir de brutal, d’incompréhensible et donc de choquant. L’usager est un toxicomane, le produit est de la drogue illicite, la salle d’attente, le matériel d’injection et la salle de repos sont offerts par la collectivité qui prend en charge le salaire des professionnels. »

Moindre mal

Brutal… incompréhensible… choquant… Et pourtant. Il suffit de remplacer usager par malade et matériel d’injection par matériel de soins pour que l’insupportable le soit moins. Reste à comprendre qu’il ne s’agit plus de quête du plaisir mais d’esclavage de la dépendance. Reste à accepter que le drogué soit (de cette manière) pris en charge par la collectivité. Reste à se résoudre à l’incohérence des frontières (accepter dans un espace public l’entrée d’un poison illicite). Reste à avaler le fait que nous ne sommes pas ici dans l’idéal mais dans la logique du moindre mal (ex duobus malis minor est eligendum ). Ou dans celle de la fin qui, tout bien pesé, justifie les moyens.

« Le ‘’Nerval’’ qui vient d’ouvrir boulevard de Port-Royal à Paris le 17 octobre 2016 est un espace vaste et lumineux de plus de cents mètres carrés, accolé à l’ancien hôpital du Val-de-Grâce, mais dont l’entrée est indépendante.

« L’usager qui souhaite y réaliser un achat de paquets neutres passe devant un comptoir, montre le produit qu’il prévoit de s’administrer aux professionnels, qui lui remettent contre uns somme d’argent dont le montant est strictement fixée par l’Etat. L’usager soit ensuite sortir pour s’administrer son achat. Une fois son inhalation réalisée il a la possibilité de prendre un peu de repos. 

« L’usager peut aussi tenter (toujours à ses frais) de réduire (voire de cesser) ses administrations. Il use pour cela d’un matériel dénommé cigarette électronique qui le protège des substances cancérigènes autorisées à la vente par un Etat-monopole qui en taxe la commercialisation. L’actuel gouvernement socialiste n’est guère favorable à la publicité pour ce matériel. Les spécialistes des addictions ne comprennent toujours pas pourquoi. »

A demain

1 « Diplômée de sciences politiques et d’un doctorat de sociologie, Marie Jauffret-Roustide mène actuellement un programme de recherche à l’Inserm sur la gestion du risque dans le champ des addictions et la place des savoirs profanes dans la construction des politiques de réduction des risques. Elle met en oeuvre une approche pluridisciplinaire alliant sociologie, épidémiologie et science politique, s’appuyant sur des méthodes de recherche quantitatives (enquêtes épidémiologiques transversales, cohortes), qualitatives (entretiens et observations ethnographiques) et méthodes mixtes (analyse des réseaux sociaux). Son programme de recherche se propose d’analyser conjointement les politiques publiques et les pratiques sociales des usagers dans le champ d’analyse de la gestion des risques et dans une perspective de comparaison européenne (France, Royaume-Uni, Pays-Bas). »